Le Morvan, île granitique au cœur de la Bourgogne calcaire
Massif de granite posé au milieu d'une région calcaire, le Morvan a des sols acides, un climat rude et une flore à part : arnica, myrtille, bruyère et plantes de tourbières y remplacent les orchidées des plateaux.
Une anomalie géologique
La Bourgogne-Franche-Comté est, pour l'essentiel, un pays de calcaire : plateaux, côtes viticoles et coteaux secs reposent sur des roches sédimentaires claires. Le Morvan fait exception. C'est un massif ancien de granite et de roches cristallines, avancée nord du Massif central, qui affleure au milieu des terrains calcaires environnants.
Cette roche mère change tout pour le jardinier comme pour le botaniste : là où le calcaire domine partout ailleurs, le Morvan offre des sols acides, souvent frais et pauvres. On y jardine, et on y observe la flore, comme dans un autre monde.
Des sols acides, un climat rude
Sur le granite, l'eau de pluie ne rencontre pas de calcaire pour se neutraliser : les sols sont acides, parfois engorgés, propices aux landes et aux tourbières. Le climat renforce cette singularité : plus arrosé et plus froid que la plaine, le Morvan reçoit d'abondantes précipitations et connaît des hivers marqués, avec de la neige sur les hauteurs.
Pour le jardinier, c'est le seul secteur de la région où l'on peut cultiver en pleine terre les plantes de terre de bruyère — camélias, rhododendrons, azalées, bruyères — qui jaunissent (chlorose) partout ailleurs sur le calcaire.
Une flore de terres acides
La flore du Morvan est celle des sols siliceux et des milieux humides, très différente de celle des pelouses calcaires voisines. Sur les landes règnent la callune (la bruyère qui rougeoie les versants à la fin de l'été), la myrtille sauvage et, emblématique, l'arnica des montagnes — grande marguerite jaune orangé, protégée en Bourgogne.
Dans les tourbières à sphaignes se cache le rossolis, minuscule plante carnivore protégée au niveau national, aux côtés de la wahlenbergie et d'autres espèces de bas-marais acides. La digitale pourpre, elle, dresse ses clochettes dans les clairières et les coupes forestières.
Des milieux fragiles à respecter
Landes et tourbières comptent parmi les milieux les plus menacés de la région : ils se referment quand le pâturage recule, ou disparaissent sous l'enrésinement et le drainage. Plusieurs de leurs plantes sont protégées (arnica en Bourgogne, rossolis au niveau national) ou en régression.
La règle est simple sur ces terrains : on observe et on photographie, on ne cueille pas, et on ne piétine pas la sphaigne des tourbières. La cueillette des myrtilles, elle, reste libre en Bourgogne-Franche-Comté, à condition de rester raisonnable et de laisser de quoi nourrir la faune.
Jardiner en Morvan
Si vous jardinez sur ces terres acides, tirez parti de leur singularité : plantez ce qui prospère mal ailleurs dans la région (rhododendrons, camélias, hortensias au bleu franc, bruyères), et travaillez la fraîcheur du sol avec des vivaces d'ombre humide.
Tenez compte du climat : gelées plus tardives et hivers plus rudes qu'en plaine imposent des variétés rustiques et de la patience au printemps. Le Morvan récompense les jardiniers qui acceptent de composer avec son caractère, plutôt que de lutter contre lui.
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